Eliseo Reclus y la geografía de Colombia

Las cartas de Reclus a Vergara y Velasco

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Entre 1888 y 1897 Reclus intercambió correspondencia con el geógrafo, cartógrafo e historiador colombiano Francisco Javier Vergara y Velasco. Las 22 cartas dirigidas por Reclus a Vergara se conservan en el Archivo General de la Nación de Bogotá (sección Colecciones, fondo Francisco Javier Vergara y Velasco, tomo I, folios 4-45) y se transcriben a continuación.
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Carta 1

[4-5]

Clarens, Vaud, Suisse
8 de oct. 1888.

Mon cher Monsieur,

Je vous suis très reconnaissant de l’envoi que vous m’avez fait. La Nouvelle Géographie de la Colombie me sera très utile et d’avance je me délecte à la pensée de l’étudier.

Je n’ai qu’une petite observation à vous faire. Votre dédicace si aimable à mon frère et à moi ne dépasse-t-elle pas un peu la mesure? Et quand j’offrirai votre livre à diverses sociétés de Geógraphie, ne serai-je pas obligé de coller une feuille de papier blanc sur cette dédicace?

Je vous remercie encore une fois de vos offres de servir pour renseignements relatifs à l’Amérique du Sud. Certainement, j’espère que j’aurai le bonheur de faire appel à votre bonne collaboration.

Veuillez agreér, mon cher Monsieur, mes salutations cordiales,

Elisée Reclus

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Carta 2

[6-7]

Clarens 23.I.89

Mon cher Monsieur,

Je viens de recevoir plusieurs exemplaires de votre notice sur l’Archipel de San Andres, dont je m’empresse de distribuer les doubles à diverses sociétés savantes. Vous désirez peut-être que je le présente au Congrès geógraphique; mais je crois que je n’assisterai pas à cette réunion: à cette époque, je compte me trouver dans l’Amérique du Nord, où m’appellent les recherches nécessaires pour la rédaction de mon quinzième volume.

C’est en 1892 , -si je vis jusqu’à cette date,- que je compte enfin pouvoir mettre la main à la Géographie de la Colombie. D’avance, je puis me féliciter de l’aide que je trouverai chez vous et mes «compatriotes granadins», puisqu’ils ont la bienveillance de me considérer comme tel. Ce que vous me dites de vos projets relatifs à l’étude complète du sol et du climat colombiens peut nous faire espérer une oeuvre grandiose, et pour ma part, je serai très heureux de pouvoir vous aider dans le plan de cette oeuvre, ne fût ce que d’une manière infinitésimale.

Ne croyez-vous pas que le principal objectif serait maintenant de rédiger une carte par les procédés rapides, comme celle de l´Éthiopie par M. d´Abbadie ou des Pyrénées par M. Schrader. Il va sans dire qu’il serait impossible de faire une carte topographique militaire, surtout si l’on doit comme en Espagne, prévoir que le travail durera mille ans, mais une oeuvre fort utile [peut-être] faire en peu d’années. Nous en causerons plus au long, si vous le désirez.

Le voyageur Chaffanjon, chargé d’une mission géographique, m’a demandé une lettre d’introduction pour un savant colombien. J’ai cru devoir lui en donner une portant votre adresse.

Je vous prie d’agréer mes salutations cordiales,

Elisée Reclus

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Carta 3

[8-9]

Clarens, 17.IV.89.

Monsieur,

J’ai lu avec interêt la coupure de journal que vous m’avez envoyé. Votre «nouvelle hypothèse» soulèverant une longue discussion parmi les geólogues. A mon avis, elle renferme un peu de vrai, mais elle ne me paraît pas donner l’explication des plissements énormes qui ont formé l’Himalaya et les Andes. On remarque très dans les roches profondes des mines une différence dans la propagation du calorique, mais cette différence, qui a certainement pour résultat une modification de l’équilibre des roches, et par conséquence une corrugation du sol, me paraît peu importante. Ne vous semble-t-il pas que le rétrecissement du rayon terrestre a beaucoup plus de valeur pour expliquer les plissements et les renversements des strates, ainsi que les écoulements le long des mers, suivant les lignes de moindre résistance. Puis viennent les érosions, qui sculptent les monts, et leur donnent le pittoresque et la beauté.

Mais il faudrait parler de tout cela longuement et le temps s’enfuit très rapide.

Je suis heureux d’apprendre de vous la bonne nouvelle des expéditions géographiques qui se préparent. M. Chaffanjon, que vous connaissez certainment de réputation, va étudier votre pays: je me suis permis de lui donner votre adresse et une lettre de recommandation pour vous.

Elisée Reclus

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Carta 4

[10-11]

Washington, en voyage
14 mai 1889

Mon cher Monsieur,

Ce serait une grande chance pour moi de pouvoir continuer mon voyage à travers l’Amérique et d’aller vous [poxxx] une visite sur les plateaux de la Colombie; malheureusement, je ne pousserai pas cette fois-ci mon voyage plus avant. Je me suis rendu ici pour visiter la bibliothèque du Congrès et l’institut Smithsonian, dans l’espérance de pouvoir ainsi faciliter mon travail de l’année prochaine sur les États-Unis, puis j’irai au Canada, où je trouverai certainement sans aucune difficulté tous les renseignements désirables.

Je vous remercie bien cordialement de votre bonne promesse, de m’envoyer les diverses publications géographiques, géologiques, statistiques ou même historiques, qui vous paraîtront devoir faciliter mon ouvrage quand j’aurai à m’occuper de notre admirable éventail de plateaux et de monts colombiens. Vous avez bien tort de vous exagérer la valeur de mon travail, car les ouvrages géographiques ne peuvent avoir qu’une valeur essentiellement transitoire; mais telle quelle ma géographie devra son intérêt au soin que j’aurai mis à recueillir tous les documents épars. Il va leur dire que je serai extrèmement si dans le traitement de votre pays, -de notre pays,- je puis conquérir vos suffrages.

Veuillez agréer mes remerciements et mes salutations cordiales,

Elisée Reclus

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Carta 5

[12-13]

Clarens, Vaud, Suisse
7.V.90

Mon cher Monsieur,

Le moment est venu de faire appel à votre obligeance. Ayant terminé mon volume de l’Amérique boréale, je devrais rédiger maintenant le volume des États-Unis, mais il m’a paru convenable de remettre la rédaction de cet ouvrage à l’année prochaine pour attendre la publication du recensement sommaire qui paraîtra vers la fin de cette année. Ayant donc sauté ce volume, je m’occupe maintenant d’écrire le volume XVII, comprenant le Mexique, la région des Istmes Américains et les Antilles. La partie colombienne des Isthmes, c’est à dire la province de Panama, fait ainsi partie de mon champ d’études, car, vous le savez, les divisions géographiques me semblent devoir primer les divisions politiques, et d’ailleurs les temps ne sont ils pas proches où tous les Hispano-Américains se sentiront et se diront frères.

S’il vous était possible de me faire parvenir des documents nouveaux sur la région colombienne dont je m’occupe maintenant je vous en serai très reconnaissant. Je vous demande en toute simplicité de me rendre ce service, parce qu’il s’agit d’une cause commune, la science.

Votre bien devoué,

Elisée Reclus

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Carta 6

[14]

Clarens, Suisse, 3.VI.90

Monsieur Vergara y Vergara [sic]

Je vous suis très reconaissant de l’envoi que vous m’annoncez e que M. Lelarge me dit devoir me parvenir bientôt …. ….ave.. que je suis obligé de regarder vers vous pour obtenir les documents qui serviront de base à mon étude. Je commence à lire très attentivement ce que vous m’avez déjà envoyé sur la région isthmique, -serranía istmica, pages 26 à 39, et pages 481 à 508, mais vous pouvez certainement me procurer d’autres matériaux utiles. J’aimerais aussi avoir votre opinion sur la Question du canal : j’ai entendu déjà bien des voix intéressées dans un sens ou dans un autre ; mais, à une seule exception près, je n’ai pas eu encore l’occasion d’entendre exposé la question par un Colombien.

En vous remerciant cordialement de l’appui que vous me donnez, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Elisée Reclus

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Carta 7

[16-17]

26 rue des Fontaines Sèvres S. et Oise
9 janv. 92

Mon cher Monsieur, Cette année je vais m’occuper de la description des contrées Andines, et je désire pourvoir développer particulièrement la géographie d’un pays que me tient à coeur par tant de liens, la République de Colombie. C’est vous dire que j’aurai besoin de votre appui. Cependant j’ai eu si peu de chance, il y a deux ans, que j’ose à peine m’adresser à vous de crainte d’un nouvel accident. Les documents précieux que vous aviez eu la bonté de me faire envoyer ne m’étant jamais parvenus, je serais fort malheureux si une semblable mésaventure devait se produire une seconde fois. Mais j’ai pensé que les accidents seraient moins à craindre si vos envois se faisaient non à l’adresse d’un particulier, mais à celle de notre ambassade. Les cartes envoyées, les livres ou manuscrits resteraient ainsi en terre Grenadine et je pourrais en allant les consulter obtenir du dépositaire des explications utiles.

Je vous prie de considérer cette proposition et de me dire si elle vous semble acceptable. Nous avons vous et moi le même interêt à ce que l’oeuvre commune ne soit entachée d’erreur grossière et donne une image vraie de ce pays si beau dont l’histoire est encore si peu connue et dont la part d’action dans le destinées prochaines de l’humanité aura une si grande importance.

Je vous prie d’agréer mes salutations cordiales et respectueuses,

Eliseé Reclus

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Carta 8

[18]

Sèvres, 26, rue des Fontaines
24.IV.92.

Mon cher Monsieur,

J’ai le plaisir de vous annoncer qu’un de vos ouvrages, envoyé de Bogotá, est retrouvé. La maison Hachette vient de me faire parvenir l’exemplaire de votre Géographie sur lequel vous avez écrit que l’impression sera finie avant le mois de juin et que l’ouvrage contiendra surtout la Géologie et les itinéraires de la Colombie. J’ai grand plaisir à vous annoncer cette trouvaille; espérons que les autres documents se seront également égarés, mais non perdus.

Je vous salue respectueusement,

Elisée Reclus

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Carta 9

[20]

7.VIII.92
Adresse ordinaire, 26, rue des Fontaines, Sèvres.

Mon cher Monsieur,

White, en racontant ton escalade du Cerro Tarrá (Proceedings of the R. Geographical Society, may 1883) dit expressément que cette montagne n’est pas un volcan et lui donne une altitude de 12.600 pieds (3840 mètres). Vous êtes en contradiction avec le voyageur dans votre Géographie, page XLIII. Y avait-il confusion avec une autre montagne? [Le] quel est le volcan ‘xx’ dont vous parlez à la page suivante?

Il est fort probable que votre réponse me parviendra trop tard pour la correction de mon ouvrage, mais elle sera toujours à temps et la bienvenue, pour mon instruction personnelle.

Veuillez agréer je vous prie, l’expression de mes sentiments respectueux,

Elisée Reclus

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Carta 10

[22-23]

Sèvres, 26 rue des Fontaines (adresse permanente) 13. VIII. 92

Mon cher Monsieur,

J’ai bien reçu vos deux lettres du 1er et du 2 juillet, ainsi que le paquet qui contient la suite de votre Géographie, diverses feuilles des mémoires en cours de publication et une petite carte des anciennes mines d’or du Chocó. Je vous remercie de tous ces envois, spécialement des feuilles de votre Géographie.

Précédemment j’avais bien reçu en deux paquets diverses cartes manuscrites dont l’une représente le delta intérieur du Cauca – San Jorge, mais je ne puis vous donner actuellement la liste de toutes ces cartes, parce que plusieurs sont entre les mains des dessinateurs et que moi même absent de Paris pour quelque temps, n’ai apporté ici, dans l’île de Rá, qu’une partie de mes documents.

Vous m’annoncez une très bonne nouvelle, cette du prochain envoi des documents ministériels présentés au Congrès. Les diverses statistiques que je possède sont trés défecteuses.

Vous me dites que des très précieux renseignements me viendront plus tard et qu’il serait très utile par conséquence que je puisse retarder la publication de mon chapitre Colombie. Cela ne peut malheureusement se faire. Mais peu importe. Si mon travail, tout défectueux qu’il sera, vous paraît digne d’étre corrigé et amendé, vous pouvez lui faire subir le même travail de correction que vous l’avez fait pour la presqu’île isthmique de Panamá, et à nous deux nous publierons ensuite une Géographie colombienne digne de ce nom.

Merci des diverses explications que vous me donnez. L’une d’elles arrive trop tard pour la livraison, mais non pour mon instruction.

Bien cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 11

[24]

Sèvres, 27.IX.92.

Mon cher collaborateur,

La note 1 de la page 675 du volume XVI de ma Géographie doit se compléter ainsi:

Acroissement naturel de la population nord-américaine, sans l’immigration :

1860 à 1880 … 13 860 566 soit 18,5 pour 100 par année

1880 à 1890 … 6 933 571 soit 14 ” ” ” “

J’ai bien reçu vos lettres [inc…es] et vous en remercie, toutefois je ne suis pas encore en possession des documents statistiques dont vous parlez, et je crains fort de me trouver forcé de reproduire pour la population des villes et districts colombiens les chiffres évidemment erronés qui se trouvent dans l’ouvrage de Pereira, Etats-Unis de Colombie.

Bien cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 12

[26-27]

[Sin fecha]

Mon cher Monsieur,

Je viens de recevoir les deux paquets que vous m’avez envoyés :

1°. votre Géographie de la Colombie et les documents inédits que vous avez fait paraître.

2°. plusieurs cartes précieuses que vous avez eu l’extrème obligeance de faire copier pour moi: Bogotá et les routes du Magdalena; le relief de la Nouvelle Grenade, le chemin de fer de la Dorada et plusieurs autres croquis du fleuve; la vue du champ de bataille de Boyacá, et le massif Columbia [sic], l’anastomose du Cauca, du Magdalena et du Cesar; le bas-Magdalena, la Mesa de Herveo, le massif de Ybarra et celui du Tuquerres, le haut Magdalena, enfin un Plan de Codazzi imprimé donnant le tracé de la route entre Facatativá et Ambalema.

Il va sans dire que je reporte vos corrections du relief sur ma carte du volume XVII, et que je ferai d’après votre modèle une carte spéciale dans le vol. XVIII.

Je vois avec le plus grand plaisir que l’oeuvre d’exploration de votre pays est déjà très avancée qu’on ne se le figure généralement, et, comme vous me le conseillez, je me défierai de toutes les assertions hasardeuses des voyageurs de passage. J’avais déjà remarqué les erreurs de Hettner et je n’avais point été dupe des prétentions de Crevaux au sujet du Guaviare. Il ne me reste qu’à vous remercier de toutes les belles choses que vous m’avez envoyées et de celles que vous me promettez, dans un avenir prochain.

Si je ne suis pas à la hauteur de ce que vous attendez de moi, vous pouvez au moins vous laver les mains de toutes mes erreurs; c’est bien moi qui serai le seul coupable.

Une question: les Arruacos de la Sierra Nevada de Sª Marta sont-ils les parents des Arruacos de l´Orénoque? Sievers dit qu´ils parlent une langue apparentée aux Chibchas? Qu’en dit Mr. Rafael Celedón?

2° Pourquoi la crue de Novembre dans l’Orénoque s’appelle-t-elle creciente de los Muertos? Est-ce à cause de la [toussaint]?

3° Comment avez-vous obtenu le débit du Guaviare et du Meta?

Votre devoué et reconnaissant,

Elisée Reclus

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Carta 13

[28]

[Sin fecha]

Mon cher Monsieur

Où se trouve le village d’El Castigo, au le Patia, dont White parle avec tant d´enthusiasme? Je ne le trouve pas dans les cartes qui sont à ma disposition.

J’espère que vous m’aurez envoyé des tableaux statistiques analogues à ceux que vous m’avez expédiés pour les départements de Bolívar et de Magdalena. Entre ces documents et ceux que j’avais, il y a de grands écarts et par conséquence j’ai dû commettre de grosses erreurs pour les autres parties de la République.

En corrigeant mes épreuves je vois çà et là de nombreuses erreurs, des méprises, des confusions si vous jetez les yeux sur ces feuilles, vous devez sursauter de mécontentement. Veuillez m’excuser et bien agréer mes salutations cordiales,

Elisée Reclus

Le Dabeiba d’Antioquia est-il le Dabeiba de la chronique, ou bien est-il de fondation récente?

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Carta 14

[29]

Ténès (Algérie), en voyage
20.II.93

Mon cher ami et collaborateur,

Il y a longtemps que vous auriez reçu les exemplaires des cartes demandées si cela dependait de moi, mais la maison Hachette, comme toutes les autres entreprises commerciales de proportions immenses, est une sorte de ministère où chaque chose se fait par une lente méthode et une grande complication de rouages. Aussi je n’ose dire que l’affaire soit déjà terminée.

Je vous félicite vivement du voyage que vous avez entrepris á la cime du Sumapaz et aux sources de l’Ariari; vous en aurez rapporté de précieux renseignements qui aideront aux progrès de la Géographie. Si vous me le permettez, je communiquerai le résultat de vos études à quelques sociétes savantes, à moins que vous ne le fassiez directement.

Ce que j’ai déja reçu de votre traduction annotée et corrigée me paraît admirablement fait. Dans cette oeuvre de collaboration c’est vous qui êtes bien le «maître», puisque vous savez le mieux. Ce n’est pas une raison pour que je vous donne ce titre, puisque je suis de nature égalitaire, mais c’en est une pour que je me contente du titre bien autrement précieux d’ami.

Cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 15

[30]

Sèvres, 13.IV.93

Mon cher Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre du 13 février, mais je me trouvais alors en Algérie, et je n’avais pu expliquer suffisamment par lettres à MM. Hachette ce qu’étaient ces “cartes demandées pour la traduction”. A mon retour, je me suis empressée d’aller visiter ces Messieurs, qui m’ont promis de vous écrire directement. Cependant je vous envoie la note qu’ils m’ont écris et qui semble établir qu’il y a impossibilité de satisfaire vos désirs comme je l’aurais cordialement souhaité.

J’ai quelques grands projets géographiques dont je vous entretiendrai peut-être un jour quand j’approcherai de la réalisation, – à supposer que l’âge et la santé me le permettent.

Bien affectueusement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 16

[32-33]

Sèvres, 18.IV.93

Mon cher Monsieur,

J’ai reçu hier un nouvel envoi de votre traduction anotée et divers ouvrages dont je vous remercie. Vous avez aussi la gracieuseté de vous informer de ma santé : elle est meilleure.

La note de la maison Hachette que je vous ai envoyée vous explique la situation. MM. [Falion] ayant acheté le droit de traduction et les clichés, la maison Hachette ne peut se permettre de donner à qui que ce soit ce qu’elle a déjà vendu. Elle ne pourrait même vous concéder le droit de traduction, si votre travail, grâce à vos précieuses notes, n’était plutôt un commentaire, – bien supérieur à l’original.

Vous insistez pour avoir mon portrait. Le voici, aussi déjà de quelques années. Je suis sensiblement plus chauve.

Je serai très heureux si le cours des années me permet de revoir la Colombie et de continuer ma collaboration avec vous. Mais quand-même je n’aurais pas la chance d’aller vous serrer la main là-haut des plateaux andins, je pourrais peut-être vous être de quelque utilité. Votre carte géniale du 1’350.000 est tout à fait insuffisante. Le temps ne serait-il pas venu de systématiser tous les travaux partiels de réfection pour arriver tôt ou tard à faire une carte topographique à l’échelle du 50.000 ± (que plus du 100.000 au moins) par exemple? Ce que le Mexique a tenté, ne pourriez-vous le tenter aussi?

Quels sont les documents qui vous paraissent déjà utilisables? Ne serait-il pas possible de dessiner déjà la feuille d’assemblage de la carte future?

Quel serait le plan à suivre pour la mise en oeuvre du grand projet? Quels documents pourrons nous reproduire ici?

Pourrions-nous reproduire vos documents, dessiner des cartes, construire des reliefs?

L’avantage en cette affaire est que je serais un des vôtres, tâchant de faire vite et bien ce qui conviendrait pour le succès del’oeuvre commun.

Je vous serre cordialement la main,

Elisée Reclus

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Carta 17

[34]

Sèvres, 18.VIII.93

Mon cher ami

J’ai reçu deux de vos lettres, avec de précieux croquis et le numéro du journal “Semi-officiel” qui contient la critique de mon ouvrage et de ma personne. Je pourrais discuter cette critique, mais cela n’aurait aucune utilité.

Seulement il devient évident pour moi que mon nom pourrait devenir un obstacle à la bonne gérance des intérêts géographiques que nous poursuivons.

Il nous semble donc convenable de modifier la proposition que je faisais par votre entremise dans ma lettre partie de Lisbonne. Désormais je me tiens personnellement à l’écart ; mais je serais toujours très heureux de vous aider et d’aider la Colombie à pousser plus énergiquement sa mission de “connais-toi toi-même” en vous envoyant des collaborateurs dont je me considérerais comme responsable garant.

Bien cordialement,

Elisée Reclus

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Carta 18

[36-37]

Sèvres, 24.VIII.93

Mon cher ami,

Reçu votre lettre du 18 Juillet et le précieux document qu’elle contenait.

A mon arrivée du Brésil, j’ai trouvé aussi deux exemplaires brochés de Colombia, l’un pour la Grande Encyclopédie, que j’ai aussitot porté à la destination; l’autre à mon adresse, donc je vous remercie cordialement.

À ce propos, quelques observations: Je ne m’appelle pas Jean. Mes prénoms sont Jacques Élisée simplement. Ce n’est point Carl Ritter qui m’a détourné de la théologie.L’évolution morale était déjà faite, et ce grand géographe, très fier a lui-même, ne m’aurait certainement détourné d’une voie qu’il voyait bonne.

Je rentrai en France à 21 ans, avant le coup d’État de 1851.

L’introduction au dictionnaire des communeurs français a été faite surtout par mon frère Elie.

La Terre ne m’a pas ouvert les ports de la Société de Géographie. On entre dans cette société comme dans un rexxxlin : il suffit de payer la cotisation.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai écrit dans le Cri du Peuple en 1871, mais je doute que j’ai dit les paroles que l’on me prête. D’ailleurs, si je suis entré dans les rangs des commandants, ce n’est pas comme “incorporé”, mais comme volontaire, après avoir pris avis de ma conscience.

Enfin, trop d’éloges! trop de fleurs, trop de fleurs! Nous tous hommes, nous sommes bien par de chose, mais il y a la xxx, il y a la bonté! il y a la justice!

Je n’ai pas encore eu le temps d’étudier votre Système du Monde. À bientôt.

Votre ami,

Elisée Reclus

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Carta 19

[38-39]

Nouvelle adresse: Bourg-la-Reine,
Rue du Chemin-de-fer, n° 9
17. XII. 93.

Mon cher Monsieur et ami,

Je vous remercie fort de l’envoi de votre portrait. Il me semble que xxx indiquer de la puissance de la xxx une grande persévérance dans le travail, merci encore une fois de m’avoir fait ce plaisir.

Aujourd’hui j’ai donné le dernier bon à tirer de la dernière feuille de mon dernier volume. J’ai ajouté un appendice à l’ouvrage, un “dernier mot” relatif à un volume terminal que je désire rédiger: “L’Homme”, volume d’histoire et de géographie comparées, avec vues perspectives sur les temps qui ne sont pas encore. Espérons que je ne serai pas trop inférieur à mon immense tâche. Peut-être m’occuperai-je aussi d’alléger mes dix-neuf gros volumes en y supprimant tout ce qui se rapporte aux choses transitoires de l’administration, du commerce, de la pure chorographie, pour ne garder que la partie durable de valeur permanente.

De quelle manière pourrons-nous travailler efficacement l’un et l’autre à l’oeuvre commun de la Géographie Colombienne? J’ai contre moi mon âge avancé et la multiplicité de mes travaux; vous avez pour vous la jeunesse, les avantages du lieu de séjour, la tradition des travaux. Si quelque chose de sérieux doit [nuire] de notre collaboration, il serait nécessaire que je suisse représenté là-bas au moins par deux travailleurs, tous les deux bons géodésiens et calculateurs, mais l’un l’occupant principalement du réseau des mesures et l’autre des observations générales et des aspects de la nature. Leur collaboration spéciale, d’un côté avec vous, de l’autre avec moi nous permettraient de travailler de concert, à moins, ce que je préférerais, qu’on me laissât de côté et que l’oeuvre devint, ce que serait juste, purement colombienne.

Pour ma part, je considère que le temps est toujours précieux, et s’il est possible de faire quelque chose avant le mois de juillet prochain, il ne faudrait pas le négliger. On paierait le voyage de ces deux messieurs jusqu’à Bogotá, soit isolés, soit avec leurs femmes, ce qui serait plus juste, ou les contretiendrait, sans honorer, jusqu’au mois de juillet pour les xxx à l’oeuvre, et à partir du jour où leur travail serait reconnu utile, ce qui serait bientôt si j’imagine, ils seraient rémunérés conformement à leur travail.

Vous avez raison au l’égard de la réédition du livre, supprimez toutes les notes inutiles, ni corporez ce qui est utile dans le texte, disposez comme il vous conviendra, pourvu que l’oeuvre définitive soit conforme à la pensée commune.

Je ne vois pas l’ouvrage spécial sur la Colombie à vous signaler.

Cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 20

[40-41]

Bruxelles, le 6.VII.97

Mon cher Monsieur et ami,

Voici des anneés que le silence n’est fait entre nous et vous savez cependant si je vous dois de la reconnaissance pour les services que vous m’avez rendus. Nul de mes collaborateurs ne me fût plus secourable.

Or, depuis que l’éloignement et la divergence des travaux m’a laissé dans l’ignorance de vos actes, vous avez très probablement accru l’avoir cartographique de la Colombie et vous avez ajouté deux précieux documents à vos collections.

Tous ces trésors pourraient m’être d’une utilité capitale, car je viens d’être chargé de la construction d’un globe au 320.000 pour l’Exposition de Paris. Vous voyez d’ici la place importante que la Colombie prendrait sur ce sphéroide et il ne dépend que de vous que cette place soit remplie d’une manière originale et vraie. Je vous soumettrai tous mes dessins mais avec prière de les faciliter par des envois préliminaires de votre part.

Déjà vous avez contribué dans une large mesure à débrouiller un peu de chaos de lignes qui était sencé représenter votre pays, et par la grande carte à laquelle nous travaillerons ensemble vous arriveriez d’une façon définitive à fixer dans ses grands traits la cartographie colombienne.

En attendant notre [séjour], je suis très cordialement à vous. Je vous prierai de vouloir bien me mettre en rapports directs si cela vous convient avec les quelques sociétés scientifiques de votre pays et de me mettre sur la liste de ceux qui échangent leurs travaux avec les publications officielles.

Bien cordialement à vous,

Elisée Reclus

27, rue des Bruxelles

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Carta 21

[42-43]

24.IX.97
27, rue des les Bruxelles

Mon cher Monsieur et ami,

Je vous remercie de votre excellente lettre et suis tout confus de l’empressement que vous mettez à collaborer à mon oeuvre. Mais souvenez-vous que j’en suis encore au même point qu’à l’époque où j’ai eu le plaisir de vous annoncer mon projet et mes espérances. Les capitalistes me promettent de l’argent; ils doivent même verser deux cent mille francs d’à compte le 30 de ce mois, mais tant que la chose n’est pas absolument certaine, je dois m’abstenir de présenter l’affaire comme faite à mes collaborateurs et ne pas les encourager au travail.

Pour vous c’est autre chose, car vos travaux sont d’une importance capitale, et tôt ou tard nous permettront de dessiner une carte à grande échelle qui remplacera les précédentes et sera pour nous tous un point de départ pour des recherches ultérieures plus complètes. Notre oeuvre sera durable et d’avance je puis vous assurer de mon concours empressé si vous faites graver vos cartes en Europe, de même que je compte sur vous pour mon Globe Terrestre. Je dis “mon”, mais il faut dire “notre”, car il sera dûment constaté pour notre Globe que la Colombie a pour auteur M. F. J. Vergara y Velasco.

Un des mes collaborateurs vous enverra incessamment une notice relative à nos procédés cartographiques et à notre méridien. En outre, je m’engage à vous écrire dès que j’aurai toute certitude à l’égard de mon travail.

Bien cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Carta 22

[44-45]

Sèvres, rue des Fontaines [Sin fecha]

Mon cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre nouvel envoi, accompagné d’une lettre du 25 Avril. Nous sommes aujourd’hui le 24 Mai; c’est dire que j’ai le plaisir de recevoir vos lettres em moins d’un mois. Votre envoi d’aujourd’hui contenait,

1° une Carte de la Goajire.

2° un Plan de la Hoya de Summa Paz (Sume-paz), avec divers plans de villes, je vous en remercie beaucoup.

J’ai eu agrément de voir hier M. Chaffanjon, qui m’a parlé avec la plus grande reconnaissance les services nombreux que vous lui avez rendus. Il m’a dit avoir des livres que vous lui avez prêtés, et si vous n’avez pas d’objections, je me permettrai de les hui emprunter avant qu’on vous les réexpédie.

Quels sont les vrais sens du mot Marichal dans le Venezuela? – je le vois traduit de diverses manières: groupe des palmiers Maurice – jardin de villa et marécage – je pense que la première acception est celle dont les deux autres sont dérivées.

Bien cordialement à vous,

Elisée Reclus

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Written by daramirezp

agosto 18, 2008 a 4:56 pm

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